La transformation des entreprises vers une performance RSE

Décryptages
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Dans le cadre de la 9ème édition des Débats du Cercle organisée le mercredi 8 septembre par le Cercle Montesquieu et Le Monde du Droit, une table ronde a permis aux intervenants de faire le point sur la RSE et la raison d'être des entreprises : frein ou facteur de performance économique ? 

Après un rapide exposé de l'état du droit national et européen en matière de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) présenté par Catherine Dombrowski, Directrice Département éditorial Droit des affaires & Droit économique Compliance chez LexisNexis, c'est Isabelle Grosmaître, Fondatrice et CEO de Goodness & Co, qui a ouvert le bal.

« RSE et performance sont-ils liés ? »

Pour elle, l'entreprise doit être un levier et prendre le relai des gouvernements dans le domaine social. Elle révèle, à l'aide de statistiques, la volonté évolutive des salariés d'aujourd'hui à vouloir rejoindre des entreprises « qui font quelque chose pour le changement », induisant la nécessité de dépasser le simple modèle de la RSE, confie-t-elle.

La RSE, raison d'être de l'entreprise, semble être entrée dans l'ADN de l'entreprise Carrefour depuis plusieurs années, s'exprime Laurent Vallée, Secrétaire général de Carrefour. Entre sentiment de fierté et de cohérence, il soutient que cette raison d'être de l'entreprise ne doit pas souffrir du temps, mais doit, au contraire, continuer d'être renforcée.

« Au début, je ne pensais pas que l'entreprise avait ce rôle de générateur de bien être général »

D'après Pascal Durand, député européen, c'est une fonction de l'Etat, au départ. « Le droit, c'est d'abord la sécurité », nous dit-il. Dans les logiques de droit écrit, la loi a pour fonction d'établir des lignes de conduite, de définir le comportement autorisé ou proscrit, y compris pour les entreprises. Mais avec cette nouvelle conception, remarque le député, les entreprises ont été capables de partir d'un comportement autorisé pour en déduire que celui-ci ne leur plaisait pas. Avec la directive NRFD, l'Europe est entrée, selon lui, dans une logique libérale plus évoluée : « l'Europe doit travailler en coopération avec les entreprises et les syndicats » pour aboutir à des normes partagées.

« La RSE devient créatrice de valeurs et boussole stratégique »

C'est d'ailleurs ce que conseille Isabelle Grosmaître : « les entreprises qui réussissent bien sont celles qui utilisent les indicateurs RSE comme une boussole pour guider leurs choix et leurs actions ». Elle associe à cette constatation, le succès remarquable du groupe Carrefour ou de la société Mars qui ont orienté l'aiguille de leur boussole sur l'ensemble des indicateurs RSE. Elle note toutefois que, pour en arriver là, le rôle des parties prenantes , notamment les collaborateurs – est crucial : chez Danone, a-t-elle déclaré, nous avons mis en place un programme annuel qui permet aux 100.000 collaborateurs de s’exprimer tous les ans, sur chacun des neuf objectifs de l’entreprise, car leur voix compte.. 

« Aujourd'hui ce sont les entreprises cotées qui y sont soumises, on va l'étendre à toutes les PME »

Le député Pascal Durand confie les ambitions européennes sur le sujet. A ce titre, dès 2022, la présidence tournante de la Commission européenne sera confiée à la France. Celle-ci devra profiter de décider de l'agenda européen pour mettre le thème de la RSE à l'ordre du jour. En effet, selon lui, « il existe des résistances dans l'Europe, il faut des gens qui poussent ». Le député a d'ailleurs précisé en quelques mots la voie vers laquelle il faudra tendre dorénavant : « l'idée est de faire en sorte qu'il y ait un reporting standard, un bilan normé européen, et que l'on arrête de se faire imposer la régulation étasunienne ou chinoise ».

Finalement, ce qui est important, concluent ensemble Pascal Durand et Isabelle Grosmaître, « c'est s'inscrire dans une démarche intensive, de progrès et de franchise, sans être dans le répressif ».

Léa Verdure

L'annuaire du Monde du Droit